02/12/2004

Et Hop...un Texte de Fragchou :Ox

Les affreux de la beauté

 

 

Mon Dieu quelle tête encore ce matin ! enfin, quand je dis ce matin, je devrais dire cet après-midi, un bon milieu d’après-midi, j’en ai même loupé le rôti et le clafoutis, et tante Clotilde et son mari Henri.. j’ai bien fait de faire grasse matinée.. quelle idée aussi de les inviter tous les dimanche midi.. tiens d’ailleurs j’entends d’ici tonton Henri.. « alors ma grande, tu nous fais enfin profiter de ta présence, si brève soit-elle ? » ..Ainsi soit-il.. tante Clotilde qui ne sort jamais sans son bréviaire, talisman de quinquagénaire toujours inquiète, me jettera un regard plein d’empathie, souffrira pour moi de cette migraine dominicale qui me dévore le crâne, comme une gangrène.. Mes parents, fidèles à eux-mêmes, chiens de faïence aux noces d’argent lointaines, contempleront du même œil alarmé le fruit de leurs peines, gâté d’avoir été trop materné.

Traumatisme d’une naissance prématurée, je me suis vite réfugiée dans un mutisme adolescent, évitant ainsi les discours vermifugés  des âmes édulcorées.. ma mère rêvait pour moi d’une scolarité sans faute, ankylosée dans son fauteuil élimé, à siroter sa Ricorée. Mais le mur est lézardé , j’ai pas les facultés pour être thésarde.. et je supporte pas les horizons tout tracés, les heures passées à potasser des cours ; enchaînée à domicile je joue le vilain canard, adopte le langage des signes, à leur grand désespoir. Je me dis qu’ils auraient mieux fait de me laisser au bestiaire, au lieu de m’obliger à regarder le ballet de comédiens à deux balles, les poumons remplis d’ammoniac d’un passé tabagique, le visage camouflé par des cosmétiques achetés en vrac, au Carrefour du coin. Santé à manier avec précaution, santons d’une crèche éteinte, dont les rois ont perdu la clé, où est l’image de la famille parfaite ?

 

J’voudrais que la Fée Clochette me prête sa poudre belles gambettes, j’voudrais jouer les vedettes sur le boulevard Gambetta, sans gamberger jusqu’à demain comme une larve ex-coquillée.

 

Ohhhhh, l’arôme du café qui passe, oui, voilà ce qu’il me faut, un bon café, pour affronter les quelques heures qui me séparent de mon chaleureux plumard. J’en ai marre de cette bande de pleurnichards affalés dans leurs malheurs, simulacres de candeur déchue ; éphémère splendeur, mémé durcit de la feuille. Y a pas d’heure pour s’empiffrer de soupes et de navets, qu’ils soient du jardin ou de la télé, on fait même plus la différence. Congelés ou reconstitués, les aliments perdent leur saveur, si vous saviez ce qu’on mange, vous changeriez de couleur. Oh je dis pas ça pour vous affoler, mais moi je peux plus folâtrer du côté des générations modifiées, effets génétiques garantis !.. j’ai rassemblé mes idées reçues, j’suis descendue de mon cheval, l’estomac dans les talons, un jus de tomates sur le point de connaître une rétroaction dégradante. Je reste sans pitié pour les conservateurs ! Qu’on nous serve du ragoût, mais sans exhausteur. On n’est pas dans un concours de sole sans manières ! ni dans un défilé de steaks pré-mâchés, pour dentiers rouillés! Enfin quoi ! C’est pas vrai peut-être ? Oh mais si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à vous faire votre opinion, après tout, allez donc vous faire cuire un œuf, d’une poule branchée sur secteur, les batteries chargées à bloc, chacun s’occupe des ses oignons, mais venez pas pleurer si les rognons sont pas frais ! Sans vouloir sauter du coq au vin mais pour profiter d’une drôle de métaphore,  (cela dit j’adore les profiteroles), ça ressemble un peu aux émissions plateaux-télés, dont certains animateurs, (on ne dit plus présentateur, c’est galvaudé), nous régalent d’un vaudeville digne des Jeux d’Intervilles. Faites entrer la vache qui rit ! La cravache à la main, d’autres martyrisent les invités à l’aide d’un haut-débit, les mitraillant de questions sans champion. Il est où le champignon pour appuyer dessus ? J’hallucine, et j’accélère l’illumination de ma façade..

 

 

 

La mine à peine recomposée je me lamente déjà rien qu’à l’idée de la composition d’anglais qui m’attend quelque part, à l’autre bout du couloir… à rendre pour demain, bien sûr, ça va de soi.. Eh c’est fini l’esclavage hein, et depuis longtemps.. Bah, voilà mon lavage d’estomac qui me reprend… Qu’est-ce qui leur prend de nous faire bosser aux 35 heures sans être rémunérés ? On a du mérite quand même, les étudiants, pour écouter des profs qui nous parlent d’arthrite merdique et d’Eugénie gênée par les tiques. Elle avait qu’à emprunter les passages protégés, au lieu de prendre des antibiotiques à cause d’un sans-hygiène…

 

En extase illicite devant l’armada de pilules que m’offre l’armoire à pharmacie, je dresse une liste des substances en présence ; famille armée jusqu’aux dents contre les angoisses nocturnes et les palpitations, se croyant à l’abri du moindre calcul rénal…Parents qui se précipitent aux urnes le jour des élections régionales, de peur de passer pour de mauvais citoyens, faisant front au délire national qui présente les bienfaits d’un pays débarrassé de tout corps étranger. Un festin médiatique déverse à foison des idéaux placés sous le signe de la prospérité ; les fans du thème astral ne croient plus l’horoscope, l’heure est aux scoops et le désastre au logis.

 

Oh la la les balises sous les yeux, même la police maritime peut pas me louper, je suis cernée ! Oh oh… c’est moi la victime, là, d’ailleurs je vais pas tarder à chalouper, vite, la cuvette des WC..  Digne héritière d’un pays  porté sur l’apéro, j’ai dû forcer la dose hier soir, m’échapper l’espace d’un pur malt . Quelle mascarade ! Et voilà le résultat ! le rimmel dont j’avais paré mes cils a fait naufrage sur des joues médusées ; en rade d’oligo-éléments, je répare les dégâts apparents avec les produits d’usage, mettant de côté les capitons acculés par un gène sans pitié… Pas la peine de lutter c’est dans le sang.. Je vais me mettre au vert, boire du thé, excellent stimulant, mettre hors-service les lipides enkystés, ceux qui font le grain de peau plus très lisse des cuisses trop squattées (véritable supplice des beautés dégainées). Bien décidée à échapper aux varices, j’enduis mes jambes d’huiles essentielles, établis la liste des salles de gym,  en quête de fesses millésimées, et d’obus certifiés atomiques… Rappelée à l’ordre dès les fontes neigeuses par les copines de régime, je sais qu’est venue l’heure d’ôter les amas graisseux, logés gracieusement par notre organisme. Ensemble de corps dégradés par les méfaits de l’hiver et les fumets d’hier, armés de pantys et de remèdes amers, elles sont là, venues vous purger les veines à l’aide de vigne rouge, mauve et marjolaine, et vous râper la peau d’orange à la laine de verre.

 

Ardent défenseur du monde immunitaire, sans humanité pour  les adeptes du drainage lymphatique,  mon père, sans détour, m’expliquait un jour le don inestimable que m’avait fait Dame Nature ( les dons en espèces sont-ils exonérés d’impôts ? ). L’imperfection coûte cher, lui répondais-je, essayant de lui extorquer quelque menue monnaie pour rentrer dans mes frais. Sans succès…

 

 



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Commentaires

tssssss :-D Bon, avant d'être honteusement censurée :-)
je disais dans ces termes à peu près exacts : ouaou elle écrit bien la dame, en plus elle connait plein de mots...

Heu là maintenant j'ai pas bien d'imagination alors je me répondrai à moi même: pas mieux!

Bizzzz les filles

Écrit par : Edge of mY world | 03/12/2004

hey... merci pour Elle...bizz Edge

Écrit par : CeCe | 04/12/2004

Pitain suis sur le cul! Chapo bas à l'auteur !! j'en suis tombé de ma chaise et sache oh toi ke je ne connais pas que tu n'as rien à envier à d'autres légumes ke tu as oubliés..... ceux de l'académie française!!!
PS: J'en profite pour te féliciter aussi ti boulet c très zoli tout çà!!
Bizzzz!

Écrit par : le Boulet! | 15/12/2004

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